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Le futur du breakdance s'écrit sur cette plage

À Dakar, au Sénégal, des athlètes perfectionnent dans les vagues des mouvements défiant les lois de la physique.

Dernière mise à jour : May 3, 2021
Points de rencontre : le futur du breakdance

« Points de rencontre » est une série pour découvrir les lieux où s'unissent les communautés autour du sport.

Nichée sur une presqu'île de la côte ouest-africaine, la ville de Dakar est entourée de plages animées, qui vivent au rythme des nombreuses activités créatives et sportives. Peu importe le jour de la semaine, sur les langues de sable de la plage de Yoff qui s'étirent au nord de la capitale sénégalaise, les pêcheurs relèvent leurs prises du jour au milieu des surfeurs qui profitent des rouleaux. Les runners dépassent une partie enflammée de beach soccer improvisée en évitant les ballons perdus. Une équipe de lutteurs s'affronte par paires, pendant que le soleil leur brûle le dos. Et au milieu de toute cette animation, une activité inhabituelle pour la plage s'est fait une place de premier choix : le breakdance.

Xavier Gouiaby réalise un « salto costal » tandis que la marée descend.

Sur n'importe quelle autre plage, la pratique de cette danse acrobatique de rue pourrait paraître incongrue, mais pas sur celle-ci. Les danseurs, qui s'entraînent habituellement dans les salles de sport et dans la rue, ont commencé à se retrouver sur la plage animée de Yoff pour s'entraîner dans ce cadre naturel de bord de mer qui, selon leurs dires, améliore leurs mouvements, et ce pour le plus grand bonheur des passants.

« J'ai l'habitude de passer à la plage pour regarder les gens y pratiquer leur sport », explique Amadou Sow, un habitué de Yoff. Impressionné par le niveau des breakers, Amadou est certain que leur entraînement sur cette plage les mènera à une carrière professionnelle. « Le breakdance, c'est extraordinaire. Quelque chose de magnifique à regarder », confie-t-il.

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En pratiquant dans les vagues, les membres du Power Crew ont découvert une approche de cross-training qui leur permet d'améliorer leur endurance et leur agilité.

« Il y a de la solidarité… Une certaine force, qui en émane. »

Xavier Goudiaby

Points de rencontre : le futur du breakdance

Francis Bampoky (au premier plan à gauche) aide Xavier à réaliser un « salto » pendant que le Power Crew observe dans les vagues.

Depuis 2013, les sept danseurs du Power Crew volent la vedette sur la plage de Yoff en s'entraînant deux après-midi par semaine pour améliorer leurs spectacles de rue énergiques. « Le sable aide pour l'endurance et le renforcement musculaire », explique Xavier Goudiaby, 27 ans, le leader du groupe. « On s'est dit : "pourquoi ne pas intégrer ça à nos chorégraphies ?" Et de retour sur le dur, on était plus rapides ».

L'équipe a découvert que le sable, inégal et en mouvement constant, et la résistance naturelle offerte par l'eau peu profonde permettaient de gagner en agilité et en force, réduisant de fait la nécessité de se rendre à la salle de sport pour faire du cross-training. « Dans le sable, c'est déjà ce qu'on fait », précise Xavier qui, d'un saut périlleux arrière exécuté en apparence sans effort au-dessus des flots, démontre que cette approche les aide à perfectionner leurs mouvements.

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Demba Ndiaye conclut un spectacle de rue avec le Power Crew tandis que les locaux s'approchent pour regarder et apprendre.

Demba Ndiaye, 24 ans, raconte qu'il s'est intéressé à la discipline après « être allé dans un cybercafé pour regarder des vidéos de breakdance. » Avec l'aide de ces vidéos, en s'entraînant seul et sans musique sur un terrain de basketball, il a appris la technique en autodidacte. Un jour de 2019, Xavier observe Demba à l'entraînement et l'invite à rejoindre le Power Crew.

À Dakar, le breakdance n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis les années 80 et le débarquement du hip-hop dans la culture sénégalaise, importé par les émissions de télévision françaises ou rapporté dans les souvenirs de voyages aux États-Unis. Aujourd'hui, presque tous les jours, des locaux viennent regarder les performances de groupes comme le Power Crew. Non loin, les enfants du quartier attendent patiemment de pouvoir glaner quelques conseils de pros, impatients d'apprendre à réaliser des figures comme le headstand.

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Emmanuel Goudiaby effectue un « clash » pendant une séance d'entraînement.

Si cette discipline de danse existe à Dakar depuis plusieurs décennies, ce n'est que récemment que le breakdance organisé s'est trouvé une place sur les plages de la ville. Comme les résidents s'y entraînent souvent, les breakers ont immédiatement trouvé leurs marques. « La plage de Yoff est très accessible », explique Furbain Poaty, un habitué. « Certains athlètes viennent de l'autre côté de Dakar [pour s'entraîner ici], parce que la plage est très large ».

La plage de Yoff est particulièrement adaptée à la pratique du sport, continue Furbain, parce qu'il n'y a pas trop de rochers et la grande étendue de sable permet d'amortir les chutes.

Points de rencontre : le futur du breakdance
Points de rencontre : le futur du breakdance

Sur la plage de Yoff, Xavier et son crew s'entraînent souvent à côté des promeneurs. Ils espèrent qu'en venant à la plage, ils arriveront à attirer l'attention sur leur sport et donner envie à des graines de danseurs. « Nous venons à la plage pour que les gens découvrent le breakdance », explique Joel Mané, ancien membre du Power Crew, qui participe désormais au management du groupe. « Nous voulons partager ce que nous faisons avec les gens. »

Parfois, certains curieux posent des questions sur ces mouvements qui défient les lois de la physique. « Ils nous demandent s'ils pourraient faire pareil », explique Xavier, en parlant de faire du breakdance sur la plage. « Nous, on leur répond "bien sûr" ! »

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Lorsqu'ils décrivent leur pays, les Sénégalais évoquent souvent la « Teranga », cette notion d'hospitalité et de respect propre au Sénégal. Sur la plage de Yoff, les Dakarois partagent volontiers leur sport et vous accueillent en s'exclamant « Nangadef ? », soit « comment allez-vous » en wolof. Des calèches sillonnent le sable, transportant la pêche du jour de la plage jusqu'aux restaurants et aux échoppes. « Il y a de la solidarité », explique Xavier en parlant de l'endroit. « Les gens disent qu'il y a de la force dans ce qu'on fait », ajoute-t-il en parlant de son sport.

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Xavier tient la pause pour un « freeze Y » sur la plage de Yoff.

Tout le monde a sa place sur la plage. Et bien que cela soit surprenant, le breakdance s'y intègre parfaitement. Les danses hip-hop trouvent leurs racines dans la culture africaine. En apparaissant dans des lieux tels que la plage de Yoff à Dakar, le breakdance renoue de façon détournée avec ses origines.

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Rédaction : Kimiya Shokoohi
Photographies : John Wessels

Reportage : septembre 2020

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